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Conférences Académie ostéopathie 16 avril 2016

Académie d'Ostéopathie de France.
Samedi 16 avril  à 14h CISP Maurice Ravel Salle Bastille 6, avenue Maurice Ravel 75012 Paris

Conférence avec Jane Stark, ostéopathe canadienne-  la fluidité des fascia.

Conférence avec Philippe Petit - Ostéopathie et paléontologie.

La fluidité corporelle expliquée par la paléontologie.

Philippe Petit 4, rue Aumont Thiéville 75017 Paris  pposteo@gmail.com

 

Compte rendu de la conférence de Philippe Petit par le docteur Alain Abehsera

Le titre, assez intriguant, de la seconde intervention de l’après-midi, était ‘ostéopathie et paléontologie’. A première vue, on ne voit pas trop le rapport, mais après, on se dit : pourquoi pas ?  Ce sont deux domaines qui ont en commun l’interprétation des os(sements).

Philippe Petit, l’orateur, commence par reprendre un point discuté par le précédent orateur, celui de la communication problématique entre les médecins et les ostéopathes. Il l’a particulièrement compris quand il travailla dans des services hospitaliers, en particulier en neurochirurgie et en néonatologie, lieux où il dut apprendre le langage particulier de la médecine.

Il eut également la chance de collaborer avec le Professeur Roger Saban, qui fut la référence mondiale dans le domaine des méninges. Ce spécialiste montrait au plus haut point ce qu’est la précision du langage, l’adéquation entre ce qu’on trouve et ce qu’on explique à propos de ce qu’on trouve. Il recevait, du monde entier, des moulages des méninges. Sur ces moulages, on pouvait voir les empreintes de la vascularisation et faire des comparaisons. C’est ainsi qu’on peut voir le développement, au cours de l’évolution, de l’aire de Broca, via son empreinte vasculaire, et donc dater l’apparition de la parole humaine.

Faire parler les os

Philippe Petit s’est efforcé d’apprendre le langage de ces autres spécialités. Prenons, par exemple, la question de la flexion de la symphyse sphénobasilaire (SSB). C’est une question très controversée parmi les ostéopathes et entre les ostéopathes et les médecins, que de savoir si cette articulation préserve un degré de mobilité à l’âge adulte et si l’on peut sentir cette mobilité. Or, la paléontologie possède un point de vue tout à fait tranché dans ce domaine, un point de vue qui ne se déroule pas sur les quelques secondes du rythme que nos mains sentent, mais sur des millions d’années ! Une différence d’avec nous qui s’exprime sur une échelle de temps, mais ne contredit pas notre expérience. Philippe Petit, rapidement intrigué par cette cohérence entre les deux langages - celui de l’ostéopathie et celui de la paléontologie – prit la décision d’aller régulièrement au Museum d’Histoire Naturelle, afin d’avoir une expérience directe de cette corrélation entre la science des os du passé, la paléontologie, et celle des os du présent, la nôtre. Son livre (Le Corps, un être en devenir  Ostéopathie et Paléontologie, Dangles Edit.) raconte cette rencontre.

Zone de Texte: Les quatre lois d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (tirées du livre de Philippe Petit, op.cité)
Première loi : la forme corporelle se déduit à partir d’organes rudimentaires –des fragments, comme un tube digestif primitif, un système nerveux primitif. Puis viennent les formes dérivées, modifiées
Deuxième loi : un organe ne peut se développer qu’au détriment d’un autre. C’est la loi du ‘balancement’ des organes
Troisième loi : les organes conservent entre eux les mêmes relations (que GSH nomme la ‘connexion’ des organes)
Quatrième loi : aucune organe nouveau ne se crée (« permanence des organes »)
Pour Philippe Petit «  ces quatre lois me servent de fil conducteur pour accéder à un symptôme grâce à des fragments. En prenant en compte ces concepts, l’anatomie évolutive, composée de fragments qui se transmettent d’espèce en espèce (et se transforment pour certaines espèces), explique la pertinence des ‘blocs’, qui conduisent les gestes ostéopathiques (P.Petit, op.cité, page 215)

Cette corrélation lui parut évidente dès le départ : les paléontologues trouvent des morceaux d’os et font parler l’être à partir de ces fragments. Les ostéopathes font un peu la même chose : ils palpent le squelette et ‘font parler le patient’.

Les tissus : des cristaux liquides

Puis Philippe Petit en vient à parler d’une qualité sur laquelle il reviendra maintes fois lors de son intervention : la fluidité.  Elle est, doit être, ce que l’ostéopathe cherche en premier.  Cette fluidité prend une forme précise chez l’être vivant : elle se présente à nous sous forme de cristal liquide, une notion qu’il apprit en prenant connaissance des travaux de M.M Giraud-Gaille. Nos tissus ne sont ni franchement solides, ni franchement liquides, mais dans un état intermédiaire, changeant, que le terme cristal liquide décrit bien. Cette malléabilité des tissus - alors qu’ils paraissent ‘durs’ à notre toucher - permet d’expliquer les bons résultats de l’ostéopathie. A l’appui de cette affirmation, nous voyons des extraits des vidéos du Dr. Guimberteau, ainsi que de MM Giraud-Gaille.  On y voit de manière saisissante l’aspect fluide des tissus, et l’aspect solide des liquides.

Philippe Petit revient ensuite sur le langage commun entre la paléontologie et l’ostéopathie. Citant le travail de Laurent Rivière, il nous montre une vidéo où l’on voit l’évolution globale du crâne, à travers les espèces. On voit alors devant nous, en parcourant en quelques secondes soixante millions d’années, la flexion de la SSB.  Très belle leçon d’ostéopathie crânienne en quelques secondes !! En effet, la mâchoire, en se développant au cours des âges, passe sous le crâne chez les mammifères et en particulier les hominidés.  On voit littéralement que se produit une ‘contraction craniofaciale’, la mâchoire s’enroulant en dessous de la boîte crânienne, ce qui revient à une flexion de la SSB au cours de l’Evolution.  Les ostéopathes parlent d’un rythme de flexion/extension sur cinq secondes, et là, nous voyons un mouvement phylogénétique, sur soixante millions d’années ! Ce n’est pas que du passé : selon Philippe Petit, les tissus ont gardé, à ce jour, la mémoire de ce mouvement phylogénétique… On peut même projeter ce mouvement dans l’avenir, et l’homme, voyant sa flexion de la SSB continuer, finirait par ressembler au personnage de E.T. tant sa mâchoire serait rentrée !  Plusieurs faits semblent confirmer cette évolution. En orthodontie, par exemple, où l’on voit, chez les enfants, que, progressivement, les mâchoires deviennent trop petites pour accueillir toutes les dents.  Un autre exemple : la mortalité des femmes en couches. Rare de nos jours, elle a, généralement, deux causes principales : soit un accident chirurgical, soit du fait d’un enfant au crâne trop grand, et qui ne peut passer. Nous serions ainsi sur une pente où la masse craniocérébrale croît aux dépens de notre appareil masticatoire.

Os temporal, os du temps

Nous voyons ensuite une série d’images tout à fait saisissante.  Cette évolution des formes, qui semble faire tout bouger, respecte en fait un point fixe : l’os temporal, plus précisément à hauteur du méat auditif. Ce point reste fixe tout au long de l’évolution phylogénétique. La juxtaposition des photographies le montre comme un pivot, un fulcrum autour duquel tout bouge.  On comprend l’engouement actuel des ostéopathes pour l’articulation temporo-mandibulaire ! En voyant ces images, je ne peux m’empêcher de penser au nom curieux de cet os qui représente la stabilité à travers les âges : l’os temporal !  Après l’os sacré, le sacrum, nous voilà avec un os du temps. Quoiqu’il en soit, cette promenade à travers les âges nous a fourni une perspective tout à fait nouvelle sur la notion de flexion de la SSB. Ostéopathes de tous les pays ! Vous n’êtes plus seuls ! Les spécialistes des os du passé sont d’accord avec vous ! 

Ostéopathes : ouvriers tissulaires

Philippe Petit propose une analogie que je trouve très judicieuse. L’ostéopathe est un ouvrier qui dispose de matériaux pour construire ou reconstruire : tissu conjonctif, système méningé, hormones, graisse etc.  Sous la main, tous ces matériaux sont posés et parlent de leur position et de leur fonction. On peut parler à leur propos de ‘matière première’ ou, mieux, de ‘matière primitive’. On les retrouve, identiques, en gros, tout le long de l’Evolution, faisant que nous ne sommes pas très différents des éponges par exemple.

S’interrogeant sur cette communauté entre espèces, notre orateur a découvert, au cours de ses lectures, E. Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844). Fort célèbre en son temps, il nous a fourni des ‘lois’ ou ‘principes’ qui permettent de classifier les éléments de cette vision phylogénétique des tissus. Un peu oublié ces dernières années, Geoffroy Saint-Hilaire a été remis à l’honneur par un grand spécialiste de la biologie moléculaire, Edward Lewis, qui a salué son génie.  Voir ci-contre les ‘quatre lois’ qu’il formula, toujrous très utiles aux biologistes, aux paléontologues mais aussi aux ostéopathes. En les mettant en œuvre, l’ostéopathe peut prétendre aller de la surface à la profondeur, jusqu’aux cellules, et ‘optimiser la fluidité’ du corps dans toutes ses couches.

Description de cette image, également commentée ci-après

Anatomie optimiste

On en vient à parler ensuite de l’étymologie du mot le plus cher à A. T. Still : ‘anatomie’. Le ‘an-’ du début n’est pas le ‘an-’ privatif, comme dans ‘analgésique’. Il signifie ‘en remontant’,‘d’avant en arrière’. Anatomie, c’est donc l’art du découpage (temno) d’avant en arrière (an), ou du ‘découpage en remontant’.  C’est précisément le rôle de nos mains. En se posant sur le patient, elles pénètrent, font du découpage à chaque fois, mais sans scalpel. Nous pénétrons le long des plans du tissu conjonctif, qui se présentent à l’état de ‘cristaux liquides’. Nous approchons cette ‘découpe tissulaire’ en tant qu’opportunistes, en tant qu’accessoires. En effet, il faut savoir d’abord lire les choses telles qu’elles sont. En effet, l’état de cristal liquide des tissus change en permanence, il est éminemment plastique et il faut savoir le ‘contempler’ dans ses changements. Munis ainsi du bon modèle, nous pouvons soigner les pathologies même lourdes. Soyons donc optimistes ! A ce propos, Philippe, toujours féru de langage et de communication, nous donne l’étymologie d’optimiste : dérivé d’ops, opis, qui signifie l’abondance, l’aisance et donc l’amélioration d’un état.  Optimiser, c’est donc rendre ‘meilleur’. En étant optimiste, on potentialise une force pré-existante. Ce n’est donc pas qu’un pari naïf sur le Réel, mais une approche réaliste.

Visqueux, gluant, liquide et fluide

Pour réaliser cette optimisation tissulaire, il faut, durant l’expérience de la palpation, savoir différencier la fluidité de la viscosité. Visqueux vient de ‘viscus’, le gui. On sent cette qualité quand on tombe sur quelque chose de ‘gluant’, qui résiste. Il ne faut pas confondre non plus ‘fluide’ et ‘liquide’. La fluidité est un état, une action, une qualité, celle de ‘couler’. On parle d’une écriture ‘fluide’ par exemple, mais non pas ‘liquide’. On parle également de la ‘fluidité’ de la circulation automobile. Optimiser l’état des tissus, revient à rétablir cet état fluide, même dans les tissus dits ‘solides’. Philippe nous offre alors une belle série de jeux de mots fondés sur le terme ‘ausculter’, qui vient du latin auscultare, écouter.  L’ostéopathe ‘os-sculpte’.  Il écoute les os en les sculptant, dans la mesure où il perçoit leur fluidité. Perçus comme solides, on ne peut rien en faire. Appréhendés comme fluides, nos mains peuvent les ‘gratter’, les ‘graver’. Et pourquoi pas, sur cette lancée, on peut considérer que l’ostéopathe ‘neuro-sculpte’, ‘musculo-sculpte’ etc.

On doit distinguer deux types de fluidité : l’évolutive, à l’échelle de l’espèce, de l’individu, et la fluidité du rapport structure/fonction, au sein du tissu conjonctif. Soixante-dix pour cent du poids du corps est pris dans ce maillage conjonctif où structure/fonction interagissent en permanence, remaniant sans cesse les équilibres. Du point de vue évolutif, le tissu conjonctif précède le tissu nerveux. Il s’est mis en place pour tenir les premiers groupes cellulaires en des ensembles. Il possède sa propre perception des ensembles qu’il maintient. C’est ainsi que la perception des informations est d’abord enregistrée par le tissu conjonctif, puis, une fraction de seconde plus tard par le tissu nerveux. Il unifie le corps dans toutes ses parties. Au cours du temps, il s’est différencié en plusieurs tissus, mais son unité persiste.

La tortue qui sommeille à la base du crâne

Cette unité traverse le temps et les espèces, faisant que les différences entre nous et les autres êtres vivants ne sont pas tranchées, mais en fait, des transitions. Par exemple, le serpent, capable d’avaler des proies énormes, semble posséder une mâchoire unique. Pourtant, notre mâchoire et celle du serpent gardent des parties communes. 

Autre exemple : à la base du crâne, on trouve chez la tortue un ‘pro-atlas’. Comme l’a montré le professeur Roger Saban, on retrouve, chez l’homme, un vestige de cet os qui persiste sous forme du ligament occipito-atloidien. Sur des clichés radios, on peut voir, chez certains patients, une calcification de ce ligament. Ils ont fait un ‘retour vers la tortue’! Ce sont là des exemples clairs où paléontologie et ostéopathie partagent le même discours.

Zone de Texte: Testut L.  Traité d’Anatomie…
Le ligament occipito-atloidien antérieur est indiqué par le chiffre 7 (www.flickr.com)
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La vision bio-paléontologique du MRP

En ostéopathie, nous parlons d’une respiration primaire dans les tissus. Vu sous l’angle de la paléontologie, on pourrait parler à propos du tissu conjonctif, d’une respiration primitive. En effet, grâce à la fluidité du corps, on a une mise en forme permanente des tissus, qui se manifeste par un mouvement de ‘gonflage’. Lors de la mort, cet effort permanent de ‘gonflage’ cesse, et on assiste à un collapsus. Le tissu conjonctif, littéralement, se dégonfle. Cette mise en forme nécessite l’intervention synergique du système nerveux, du système hormonal et du tissu conjonctif. La rythmicité de ce gonflage serait, nous dit l’auteur, une autre dimension du Mouvement Respiratoire Primaire que nous ressentons sous nos mains. Il fait intervenir ce que Philippe Petit appelle les ‘matériaux archaiques’ : tissu conjonctif, graisse, hormones et système nerveux, matériaux qui sont organisés de telle manière que toute information est répercutée partout ailleurs. C’est ce gonflement permanent, phasique, qui donne la forme à notre corps, nous habille chacun différemment. En se plaçant selon cette perspective, l’ostéopathe devient un neuro-praticien, un endocrino-praticien etc. Il devient capable de percevoir son patient sous sa forme la plus simple. Par exemple, le ‘traduire’ en …méduse.  Cet être marin est une entité où des cellules sont organisées par un système nerveux, des hormones, le tout noyé dans du tissu conjonctif. Pour simplifier nos perceptions, on pourrait alors définir un ‘homme-méduse’, constitué uniquement de matériaux primitifs.  Certaines parties de notre corps sont alors plus ‘méduse’ que d’autres : par exemple, les régions où le tissu fibreux prédomine : la face antérieure et externe de la jambe et la région claviculaire. Pouvoir simplifier la lecture de l’être humain ainsi, est, dit l’auteur, porteur de beaucoup d’espoir.

Le ‘morphing’ d’une espèce à l’autre

On en vient ensuite à parler d’un auteur qui proposa une alternative à l’Evolution expliquée par Darwin : D’Arcy Thompson (1860-1948), un auteur qui fait l’objet de beaucoup d’intérêt parmi les biophysiciens moderne. Dans son livre, ‘On growth and form’ (A propos de la croissance et de la forme), cet auteur explique que les contours du corps ne sont pas les contours donnés définitivement par les solides, mais plutôt ceux des membranes élastiques et des fluides, ce qui reprend l’idée précédente sur les forces de ‘gonflage’ du corps. D’Arcy Thompson se place dans une perspective mathématique, montrant les transitions continues entre les espèces, que seule une ‘élasticité’ ou ‘plasticité’ des tissus pourrait permettre. Le vivant est ainsi une structure essentiellement déformable. Et l’ostéopathe est celui qui a développé la capacité de sentir ce qui ne se déforme pas, ce qui est devenu ‘visqueux’. Nous travaillons sur une sorte de ‘pâte à modeler’ dynamique. L’organisme est constitué d’une architecture à géométrie variable, utilisant des matériaux plastiques, caractérisée par l’inachèvement. Il est en devenir permanent, et l’erreur, la nécessité de ‘corriger’, de s’auto-corriger, sont des facultés essentielles.

Zone de Texte: En adoptant les concepts d’une anatomie évolutive issue du Museum d’Histoire Naturelle, on peut dire que le corps humain est un ‘musée-homme’. Les stratégies pour soigner utilisent des fragments, traces d’un ver intérieur, d’un ‘insecte intérieur’, d’un poisson intérieur, d’un reptile intérieur. Tous les animaux ne sont que des variations sur un même thème. 
Les fragments constituent le capital sur lequel investit l’ostéopathe. Les symptômes, la douleur peuvent se comprendre à partir de fragments… Le soin ostéopathique est un redéploiement des origines au travers d’acteurs originaires : fragments ou traces de ver intérieur, de poisson intérieur, de reptile intérieur… Le symptôme est une production corporelle, une transformation transitoire.
A mon sens, l’ostéopathie ne guérit rien. Elle réactualise des solutions anciennes. 
P. Petit (op. cité, pp 216-217)

P. Petit

Philippe Petit nous montre ensuite un tableau à multiples entrées.  On y part des évènements ‘mémorables’, tout ce que le corps a pu enregistrer (infections, traumatismes psy et physiques, cicatrices etc.) et on aboutit aux symptômes et maladies. Entre ces deux, on trouve les interfaces biologiques, qui commencent au niveau cellulaire puis s’organisent en des niveaux plus complexes qui font intervenir les tissus et fonctions plus complexes. Dans ce continuum, la vie résiste au dessèchement, à la congélation. L’instabilité est plus la règle que la stabilité. Le travail d’Angela Giangrande[i] a montré, par exemple, que les cellules souches, la partie la plus jeune du corps humain, sont en état d’attente avant de se différencier en cellules adultes (par exemple en glies et neurones pour les cellules souches nerveuses). A nous de favoriser leur transition et, ainsi, le renouvellement cellulaire.

On grimpe le long de la chorde

 On doit ainsi intégrer les niveaux ‘jeunes’- apparus plus récemment au cours de l’Evolution - en chacun de nous. Considérons la colonne vertébrale, par exemple. Ce n’est pas qu’un empilement de vertèbres bien distinctes. Il s’agit en réalité d’une accumulation de ‘sandwichs’ composés de deux demi-vertèbres, la moitié supérieure de l’une et la moitié inférieure de celle qui est au-dessus.  Ces ‘sandwichs’ se développent autour d’un tuteur qui n’est autre que la chorde.  Car nous sommes bel et bien des chordés !  Et le sphénoïde est le bout de notre chorde. De même l’hypophyse est le bout du tube digestif.  Sachons ainsi réorganiser nos axes anatomiques comme le font les paléontologues, autrement dit, non pas seulement selon les planches de nos livres d’anatomie humaine, mais aussi selon celles de l’Evolution.

Philippe Petit conclut sa conférence avec de très belles photographies et vidéos. L’une d’entre elles montrent l’analogie de forme entre l’arrangement des fibres du tissu conjonctif et celle d’un champ de blé ou d’orge. On voit également un film d’une femme enceinte, en plongée, qui s’approche puis s’éloigne d’un banc de poissons. La forme du banc change en fonction de l’interaction avec la jeune femme.  Philippe considère ce banc comme un bon exemple de ‘cristal liquide’, où les poissons adoptent une direction et une orientation différentes, ensemble et séparément.

Je conclurais personnellement que cette conférence a constitué une magnifique source de visualisations, ou mieux, de modèles pour nos visualisations. Nul doute qu’elle enrichit nos possibilités de thérapeutes. Son livre Le Corps, un être en devenir- Ostéopathie et Paléontologie, Dangles Editions,  2015développe en détail cette approche, fourmillant de modèles très pertinents pour notre travail.

  Docteur Alain Abesherra D.O.



[i]  Angela Giangrande est responsable d’une équipe de chercheurs à l’institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire de l’Université de Strasbourg, associée à l’INSERM,CNRS.